Voici un article de Véronique de St Vaulry qui explique les méfaits de l'encapuchonement si souvent pratiqué maintenant en club et sur les carrés de dressage de compétition:
Les Chevaux malades de
l'encapuchonnement
Peut-on imposer au cheval une attitude contre nature sous prétexte qu'elle le fera réussir en compétition alors qu'elle y est interdite? Telle est la question que soulève
actuellement la méthode d'entraînement en encapuchonnement systématique, qui se répand de plus en plus chez les cavaliers de dressage internationaux, et qui contamine peu à peu tout le monde
équestre.
Aveuglement imposé
Lorsqu'il est encapuchonné, le cheval perd aussi la vue, puisque la zone utile de son regard est dirigée vers le sol ou même vers ses genoux. Les constants efforts qu'il fait pour braquer malgré
tout ses yeux vers l'avant entraînent un développement anormal de ses muscles sourciliers. L:envoyer sur un obstacle dans ces conditions relève de la torture pure et simple. C'est hélas une
pratique qui se banalise.
L'encapuchonnement est une technique d'entraînement, non de présentation. Il est hélas difficile de savoir ce qui se passe "à la maison". pour préparer les chevaux.
Faire monter le dos?
Comme tout abaissement d'encolure, l'encapuchonnement outré permet de faire monter le dos. Un objectif qui séduit d'autant plus les cavaliers qu'ils sont mal avertis des effets pervers de cette
pratique. Le dos monte, en effet, tant que le cheval reste enroulé. Le problème est
que les courbures anormales trop longtemps imposées à la colonne cervicale ne permettent plus ensuite le retour à une attitude normale. Une fois la tête remontée, le dos s'effondre sous le
cavalier...
Le travail encolure basse sur une nuque ouverte constitue une bien meilleure alternative, aussi bien pour le cheval de dressage que pour celui d'obstacle.
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O n n'apprend pas l'équitation seulement en montant à cheval. L'œil et le sentiment du cavalier se forment aussi par l'image, en suivant le déroulement des reprises olympiques, en admirant les
photos des grands cavaliers à l'œuvre. Jadis, c'étaient au piaffer et au passage que les Jousseaume, les Decarpentry, les Oliveira présentaient leurs chevaux les plus aboutis. Aujourd'hui, c'est
au trot allongé. Il y a en effet de quoi être impressionné à voir ces majestueux chevaux embrasser le terrain d'un geste large, avec le bras qui monte à l'horizontale et les sabots antérieurs qui
boxent l'espace...
Un nouvel idéal de dressage qui crawle sur les diagonales des rectangles internationaux. .. Idéal? Pas si sûr, car à y regarder de plus près, les postérieurs ont souvent du mal à suivre ces
antérieurs majestueux. Le vrai rassembler se perd, et avec lui le piaffer, qui s'enterre et qui se dépite. Quant au chanfrein, dont l'axe devrait se trouver à la verticale ou légèrement en avant
de cette verticale, il a tendance à passer nettement en arrière, tandis que ce n'est plus la nuque qui constitue le point le plus haut, mais l'encolure, ployée à la deuxième ou à la troisième
vertèbre !
Réduits au silence
Que pensent les montures de cette nouvelle esthétique du dressage? C'est difficile à savoir, les chevaux étant silencieux, par définition. Ils voudraient ouvrir la bouche et desserrer les dents
pour faire un commentaire qu'ils ne le pourraient d'ailleurs pas, tant leur large muserolle est serrée, tendue à bloc par un système de lanières coulissantes. On n'y passerait sûrement pas deux
doigts, contrairement aux usages, mais c'est un point que les juges de dressage ne vérifient pas, de toute façon. De cette bouche fermée, à défaut de commentaires, s'écoule un flot de salive
blanche et mousseuse, qui se répand en longs filets sur leur poitrail, sur leurs membres et sur la piste. Est-ce à dire qu'ils en bavent? Ils en bavent! C'est en tout cas l'avis de la cavalière
suédoise Theresa Sandin, qui dénonce sur son site (1) la pratique de l'encapuchonnement systématique, de plus en plus répandue parmi les cavaliers de dressage, et même d'obstacle. Une technique
d'entraînement qui déchaîne les polémiques outre-Rhin, au point qu'elle a été surnommée "rollkur" par ses détracteurs. Le rollkur, à l'origine, est un pansement gastrique après l'absorption
duquel le malade doit se rouler au sol pour que la potion tapisse les parois de son estomac. Pour le cheval de dressage, il ne s'agit pas de se rouler, mais de "s'enrouler"... A l'entraînement,
en effet, on exige de lui qu'il ramène sa tête très en arrière de la verticale, jusqu'à lui coller quasiment le nez dans le poitrail. C'est une attitude qui peut être imposée au départ par des
enrênements, rênes coulissantes par exemple, mais les cavaliers habiles n'en ont même pas besoin. Car une fois que le cheval a appris à descendre dans cette position contre-nature, il n'a plus la
force d'en sortir, il est coincé là, au bon vouloir de rênes drastiquement raccourcies, réduit à l'impuissance.
Body-building
Pourquoi imposer ainsi une attitude que les chevaux n'adoptent jamais dans la nature, et qui n'a pas sa place sur les rectangles de compétition? Le but est à la fois de soumettre totalement le
cheval et de développer sa musculature. En lui faisant perdre l'usage de son balancier-encolure, en reportant une bonne partie de son poids sur l'avant -main, on l'oblige à faire de gros efforts
de compensation, un peu comme un coureur à qui on attacherait les bras dans le dos. Il est contraint de mobiliser drastiquement ses abdominaux pour surmonter son déséquilibre, et de monter fort
ses épaules pour ne pas tomber sur le nez. A force de travailler dans cette attitude, ses muscles brachio-céphaliques se raccourcissent, ce qui donnera ce fameux geste spectaculaire des
avant-bras lorsque enfin on lui laissera remonter le nez. De plus, ayant appris à se passer du jeu de son balancier, il restera dans un placer invariable, quelles que soient les difficultés
d'équilibrage rencontrées sur sa reprise. Des résultats qui semblent de nature à satisfaire les jurys les plus exigeants, puisque les adeptes de ces méthodes trustent les podiums internationaux.
Hélas, les chevaux soumis à ce type d'entraînement n'ont plus aucun moyen d'exprimer leur malaise, leurs crampes, leurs douleurs. Si la contrainte dure trop longtemps; que le mors meurtrit la
bouche, que l'équi libre se perd, impossible de relever la tête, de se défendre: ils doivent se soumettre, subir, compenser inlassablement au mépris de leur bien-être et de leur santé. Car
cette position entraîne un cortège d'effets néfastes. Au lieu de fléchir naturellement à la jonction tête-colonne, l'encolure plie aux alentours de la deuxième ou de la troisième vertèbre, ce qui
étire douloureusement les ligaments de la nuque et comprime les disques intervertébraux. La respiration est gênée, les glandes salivaires comprimées, les muscles de la fuce contractés par cette
position contre-nature. Sans compter les risques de lésion des antérieurs et du berceau thoracique surchargés, les crampes dues à une position trop longtemps maintenue sans possibilité
d'étirement... Et lorsque enfin on remonte la tête, le dos jusqu'ici artificiellement voûté s'enfonce sous le poids du cavalier.
Résignation acquise
Mais quelles que soient les douleurs et les difficultés qu'il endure, le cheval encapuchonné est incapable de se révolter contre le traitement qu'on lui impose. Le cavalier peut scier des rênes
tant qu'il veut, mettre sur la bouche des kilos de pression, et même s'imaginer que sa monture aime ça... Condamnée au silence, incapable d'échapper. à la douleur, aux crampes, et aux abus de
toutes sortes, elle finira par se murer dans un état de résignation acquise que les éthologues nomment "learned helplessness" (2). Un état dépressif chronique qui peut entraîner de nombreux
troubles: affaiblissement du système immunitaire, problèmes de digestion, de tension, perte d'appétit, coliques d'angoisse, stéréotypies (tic de l'ours, tic à l'appui), jusqu'à l'automutilation.
Peut -on laisser les chevaux subir de tels dommages pour le simple plaisir de les voir faire des mouvements spectaculaires? Notre œil de spectateur est en train de s'habituer à voir des
chanfreins qui restent toujours plus ou moins en arrière de la verticale, des encolures raccourcies dont le point le plus haut est largement en arrière de la nuque, des muserolles serrées à bloc
sur des bouches blanchies d'écume. On est loin du vrai rassembler, on est loin de la légèreté, on est loin de la collaboration consentie. Bien sûr, il y a fort peu de chance de voir ces
pratiques reculer tant que les jurys de dressage classeront les "body-builder" à la régularité de métronomes et au rassembler discutable devant des chevaux montés en légèreté, moins
spectaculaires à première vue, et surtout moins réguliers, puisque leur tête à eux reste libre d'exprimer la moindre perte d'équilibre. Seule une prise de conscience collective pourra inverser
les choses. .
Véronique de Saint-Vaulry
•(1) www.kahlin.net/noir/dressyr/rollkur/how.php
•(2) Littéralement C<impuissance apprise"